Alors que la République Démocratique du Congo pleure une nouvelle fois ses morts, après le massacre de 119 civils à Ntoyo, dans le territoire de Lubero (Nord-Kivu), une question glaçante s’impose : sommes-nous en train de nous habituer à l’horreur ? À force de silence, d’inaction et de réactions symboliques, la mort en série des Congolais semble devenir une triste normalité.
Une tragédie parmi tant d’autres, dans l’indifférence
Depuis plus d’une décennie, l’Est du pays est ravagé par des groupes armés M23, ADF/ISCAP, milices locales ou forces étrangères — qui s’illustrent dans une violence extrême et systématique. Pourtant, chaque massacre passe de plus en plus inaperçu, effacé dès le lendemain par un nouveau fait divers, un buzz politique ou une actualité internationale. Pas de deuil national, pas de prise en charge effective des familles endeuillées, pas même une présence visible de l’État sur les lieux du drame.
Silence assourdissant des médias publics
La RTNC, télévision nationale censée informer et porter la voix du peuple, n’accorde qu’un traitement minimaliste à ces tragédies. Les journaux télévisés préfèrent mettre en avant des cérémonies protocolaires, des inaugurations et des annonces officielles. Pendant ce temps, les corps s’entassent à Beni, à Rutshuru, à Ituri, à Lubero… dans un silence télévisé honteux.
L’indifférence n’est pas que médiatique. Elle est aussi politique. Il aura fallu plus de 24 heures pour que le gouvernement réagisse au massacre de Ntoyo par un simple communiqué, laconique, sans annonce de visite ministérielle, sans mesures de sécurité renforcées, sans parole forte du Chef de l’État. Et après ? Rien. Pas d’enquête publique. Pas d’aide d’urgence. Pas de réponse sécuritaire adaptée.
Jusqu’à quand cette banalisation ?
Ces femmes, ces hommes, ces enfants assassinés portaient le même drapeau que nous. Ils parlaient les mêmes langues. Ils partageaient le même territoire. Ils étaient Congolais, tout comme nous.
Alors jusqu’à quand allons-nous continuer à détourner le regard ? Jusqu’à quand l’État congolais continuera-t-il à réagir mollement, comme si la vie des citoyens de l’Est avait moins de valeur que celle d’ailleurs ? Jusqu’à quand les institutions publiques vont-elles reléguer ces drames en bas de l’agenda, comme si le sang versé était devenu un bruit de fond ?
Il est temps d’un sursaut collectif
Ce massacre de plus doit être le dernier à passer sous silence. Le peuple congolais attend plus que des mots. Il réclame des actes, une justice, une sécurité réelle, un véritable deuil national — pas seulement pour les 119 morts de Ntoyo, mais pour tous ceux tombés dans l’oubli.
Le temps est venu pour les dirigeants, les journalistes, la société civile, les artistes, les citoyens ordinaires, de dire non à l’indifférence.
La dignité des morts commence par le respect de leur mémoire.
