La détention arbitraire de Me Médard Palankoy Lakwas, avocat au barreau de la République démocratique du Congo (RDC), soulève une vive indignation parmi les défenseurs des droits humains. Arrêté en mars 2025 par le Conseil national de la cyberdéfense (CNC), il demeure incarcéré sans inculpation formelle, en violation flagrante des principes de l’État de droit.
Lors d’un point de presse tenu mercredi 14 mai à Kinshasa, la Chaire congolaise des droits de l’homme (CCDH) a dénoncé les conditions de l’arrestation et de la détention de Me Palankoy. Me Elua Mubilansam, porte-parole de l’initiative « Freedom for Palankoy », a rappelé que, conformément à la loi n° 79/018 du 28 septembre 1979 sur le barreau, seuls les procureurs généraux près les cours d’appel sont habilités à engager des poursuites contre un avocat.
« Le CNC outrepasse ses attributions en maintenant Me Palankoy en détention sans motif légal. Cette situation relève d’une violation caractérisée de ses droits fondamentaux », a-t-il déclaré.
Selon la CCDH, après son interpellation par le CNC, Me Palankoy a été transféré à la Cellule nationale de renseignement financier (Cenaref) pour y être interrogé. Une manœuvre qualifiée de « mort à petit feu » par Me Eloi, membre de la CCDH, qui y voit une forme de torture psychologique et une atteinte grave à la présomption d’innocence.
« En droit pénal, toute infraction suppose un élément matériel et intentionnel. Or, dans le cas de Me Palankoy, aucune preuve tangible n’a été présentée. Il s’agit d’une persécution judiciaire », peut-on lire dans le communiqué de l’organisation.
Le CNC en question : missions ou abus de pouvoir ?
La CCDH s’interroge sur les réelles missions du CNC, dont les actions semblent dévier de son cadre légal. Me Elua a rappelé que l’ordonnance n° 23/170 du 15 août 2025, portant création de ce service, ne lui confère aucun pouvoir d’arrestation ou de détention arbitraire.
« Si des accusations pèsent contre Me Palankoy, elles doivent être portées devant un juge naturel. Dans le cas contraire, nous sommes face à un abus de pouvoir », a-t-il insisté.
De ce fait, la CCDH exige La libération immédiate et sans condition de Me Palankoy ; la restitution de ses documents personnels, dont son passeport ; la fin des représailles contre sa famille, ses collaborateurs et les ONG de défense des droits humains.
Par ailleurs, l’organisation rappelle que le président Félix Tshisekedi s’était engagé, dès 2019, à mettre fin aux détentions illégales et à promouvoir un État de droit. Un engagement qui semble aujourd’hui mis à mal. Pour rappel, déjà en avril 2025, le Consortium d’ONG avait dénoncé la séquestration arbitraire de Me Palankoy, ainsi que la violation de l’inviolabilité de son cabinet.
Bertin Al-bashir
